- Date
- 22.02.26
- Catégories
- Actualités de l'ICLA
- Étiqueté
- In Memoriam
En tant qu’anciens présidents de l’AILC-ICLA, nous souhaitons rendre hommage à notre collègue Maria Alzira Seixo et, avec quelque retard, reconnaître la perte d’Eva Kushner, toutes deux anciennes présidentes dynamiques de cette association. Jean Bessière a rédigé une longue notice nécrologique pour La Revue de Littérature Comparée peu après son décès en 2023. Je cite ce court extrait de son éloge :
Son attachement à la littérature comparée n’était pas, dissociable d’un internationalisme. Eva Kushner a prêté une grande importance aux organisations internationales des études littéraires. Elle a présidé l’Association internationale de littérature comparée (1979-1982) et la Fédération internationale des langues et des littératures modernes (1996-1999) ; elle a organisé le congrès de l’AILC de 1973 à Ottawa et à Montréal. Elle manifestait ainsi son souci de la communication scientifique, de la qualité internationale de la recherche. Elle faisait encore qu’Eva Kushner ait toujours observé, fait observer, dans les associations qu’elle a présidées, leur bilinguisme statutaire. L’alliance de cet internationalisme et de son histoire familiale explique qu’Eva Kushner ait entretenu un contact assidu avec les collègues comparatistes de l’Europe de l’Est, quel qu’ait été le poids politique du communisme – elle lisait avec subtilité les situations intellectuelles de cette part de l’Europe.
Comme Eva, Maria Alzira restera elle aussi dans les mémoires pour son dynamisme. Durant le mandat de Maria Alzira en tant que présidente, elle a beaucoup œuvré pour intégrer la Chine au sein de l’association. Manfred Schmelling, qui fut son secrétaire, se souvient :
Elle était une grande personnalité, parfois "sévère" avec son secrétaire. Je me souviens du Congrès au Brésil, où je trouvais de temps en temps un petit mot dans la boîte de lettres de l'hôtel : "Manfred, Rendez-vous à 20 h, nous avons à travailler." Maria Alzira était en effet très engagée, pas seulement comme Présidente, mais également dans son travail scientifique comme Romaniste et Comparatiste. Elle faisait des études à Lisbonne et, à l'époque des grands structuralistes comme Barthes, Greimas ou Todorov, à l'École Pratique des Hautes Études (EPHE) à Paris. Plus tard, comme professeur, elle a fondé l'APLC, la Société Portugaise de Littérature Comparée. Je l'ai connue aussi comme une amie, généreuse et empathique.
Jeune chercheuse, j’ai connu Maria Alzira surtout comme une mentore qui m’a prise sous son aile, m’intégrant à son comité temporaire sur la littérature de voyage à l’époque des Découvertes. C’était le temps où un comité de recherche de l’AILC-ICLA organisait, sur une période de six ans, un colloque annuel, dont les communications étaient soumises avant chaque rencontre et publiées peu après : six années de comité, six colloques et six ouvrages. Elle m’a introduite, en tant que jeune chercheuse, dans le monde d’une activité scientifique intense. Je l’ai vue pour la dernière fois il y a plusieurs années, alors que je traversais le Portugal pour participer à un colloque. Je suis allée la voir dans son appartement, et nous avons passé ensemble un très bel après-midi.
Eva et Maria Alzira demeureront pour nous des modèles d’administratrices compétentes, de chercheuses prolifiques et de dirigeantes institutionnelles qui ont œuvré pour l’AILC-ICLA, animées d’un désintéressement personnel exemplaire. Elles représentent une époque de véritable engagement mondial et de grande productivité institutionnelle. Pour celles et ceux d’entre nous qui avons travaillé avec elles — et pour moi en particulier, qui ai bénéficié de l’exemple qu’elles ont donné en tant que premières femmes présidentes de cette Association — elles nous manquent. Toutes deux incarnent des chercheuses éminentes et généreuses qu’il nous appartient d’imiter aujourd’hui.
Dorothy Figueira, avec l’assistance de Jean Bessière et Manfred Schmelling