Date limite de l'appel à communications : 23 mars 2026

Date du colloque : 9 juin 2026, Centre Jacques Berque, Rabat (Maroc)

Ce colloque constitue la seconde rencontre d’un projet dirigé par Tristan Leperlier (CNRS) et Mohamed-Salah Omri (Oxford), qui vise à publier un volume dans la collection Literatures as World Literature chez Bloomsbury. En plus de la version anglaise, une version française et arabe sont envisagées. La première rencontre a eu lieu au congrès de MESA en Novembre 2025. Le livre portera sur la « littérature maghrébine » (à l’exclusion de l’Égypte) dans une perspective transnationale et plurilingue, englobant toutes les langues littéraires, orales ou écrites, employées dans la région, qu’il s’agisse de l’arabe, de tamazight (et leurs dialectes), du français, ou des langues de la diaspora. La période privilégiée est le XIX-XXIe siècle.

Le premier enjeu porte sur l’existence même d’une littérature « maghrébine », qui ne va pas de soi. Le Maghreb a été conçu très différemment suivant les époques, les langues et les projets politiques (al-Maghrib al-ʿArabi, Afrique du Nord en français colonial, Tamazgha...), et la nationalisation des littératures a constitué le processus dominant dans la région au XXe siècle. Il s’agit plutôt d’interroger dans quelle mesure cette étiquette régionale a été utilisée, à quelles fins et avec quel succès ; comment elle s’est articulée à d’autres identifications (littératures nationales, mais aussi « méditerranéenne », « africaine »...) ; et dans quelle mesure il est possible d’identifier des pratiques ou des circulations régionales pouvant être qualifiées de « maghrébines ». Les analyses historiques portant sur les influences littéraires et/ou sur les réseaux qui transcendent les frontières nationales au niveau régional ou par le biais de pays tiers, qu’il s’agisse d’associations, de projets éditoriaux, de programmes universitaires ou de festivals de poésie orale, sont encouragées.

Un second ensemble de questions examine la place, souvent qualifiée de périphérique, des littératures du Maghreb dans leurs aires linguistiques respectives. De nombreux écrivains publient à l’étranger, notamment à Paris (pour le français) et à Beyrouth (mais aussi ailleurs, pour l’arabe) : ils en tirent une reconnaissance internationale, mais parfois au prix d’être accusé dans leur pays de déconnection, voire de flatter les goûts exotiques d’un public étranger. Au-delà de ces deux langues, une littérature tamazight unifiée émerge-t-elle, au-delà des divisions nationales ? Inversement, comment les écrivains diasporiques de première ou deuxième génération, qui utilisent le néerlandais, le catalan ou encore l’anglais, sont-ils intégrés aux canons nationaux des littératures maghrébines ?

Le troisième point porte sur la traduction des littératures maghrébines, que ce soit entre les langues locales, ou dans des langues étrangères. Quels sont les acteurs, institutions et politiques littéraires qui portent ces circulations ? Outre les auteurs auto-traduits, on pensera à des situations aussi différentes que les réseaux communistes de la guerre froide, les éditeurs pakistanais ou les traductrices féministes néerlandaises. Quelle visibilité, reconnaissance, et quelle réception de ces littératures dans leurs nouveaux contextes de publication ?

Le dernier point étudie les usages maghrébins de l’« étranger », lié ou non aux (anciens) centres coloniaux. Quelles appropriations (et rejets) des discours et pratiques littéraires étrangers ? On pensera aux enjeux de la « modernité » de certains genres et styles littéraires, mais aussi à l’introduction de normes juridiques et professionnelles internationales (droit d’auteur, rôle de l’UNESCO ou des associations internationales d’éditeur...). Enfin, quels rapports aux représentations littéraires (Camus, Bowles...) et plus largement aux savoirs (par exemple universitaires) produits par des « étrangers » sur le Maghreb ?

Au-delà des études de cas, on appréciera particulièrement les contributions adoptant une perspective socio-historique ou comparative, en particulier celles qui explorent l’articulation entre circulation des acteurs et des livres (régionale, Sud-Sud ou Sud-Nord), reconnaissance littéraire et processus de construction nationale. Chaque contribution veillera à traiter, d’une manière ou d’une autre, l’argument fédérateur de l’ouvrage et/ou à aborder un ou plusieurs des axes spécifiques mentionnés ci-dessus. Nous encourageons les contributeurs à consulter le site de la collection Bloomsbury afin d’en avoir une vue d’ensemble et d’y trouver des exemples précieux de publications similaires. https://www.bloomsbury.com/uk/series/literatures-as-world-literature/

Comment soumettre des propositions

Merci d’envoyer votre proposition (300 mots) accompagnée d’une courte bio-bibliographie à [email protected] et [email protected] d’ici le 23 mars 2026.