Jean Weisgerber, le comparatiste belge de renommée internationale qui a collaboré étroitement pendant de nombreuses années avec l’AILC (Association Internationale de Littérature Comparée), est décédé le 8 décembre 2013.

Né à Bruxelles en 1924, il a soutenu une thèse de doctorat sur W.H. Auden en 1951 à l’Université Libre de Bruxelles, où il devint professeur de littérature néerlandaise et comparée en 1957. Ses remarquables talents d’enseignant ont inspiré des générations d’étudiants, y compris l’auteur de ces lignes.

Jean Weisgerber s’est rapidement imposé comme une autorité en littérature flamande, notamment sur l’œuvre de Hugo Claus. En 1967, il fut élu membre de l’Académie royale de langue et de littérature néerlandaises (Koninglijke Academie voor Nederlandse Taal- en Letterkunde). En 1994, l’Université catholique de Louvain (Katholieke Universiteit Leuven) lui a décerné le titre de docteur honoris causa.

Dès les années 1960, au début de sa carrière, il fut secrétaire général de l’AILC. À la fin des années 1980, il présida le Comité de coordination de l’Association sur l’Histoire comparée des littératures en langues européennes. Il dirigea également le comité de nomination de l’AILC au début des années 1990.

Dans le domaine de la littérature comparée, ses travaux ont principalement porté sur le réalisme magique, comme en témoigne son ouvrage collectif majeur Le Réalisme magique : roman, peinture et cinéma (1987). Il était également largement reconnu comme expert des mouvements littéraires d’avant-garde. Il a dirigé deux volumes sur ce sujet dans la série de l’AILC sur l’histoire comparée des littératures en langues européennes, sous le titre Les avant-gardes littéraires au XXe siècle (1984). Il s’est aussi profondément intéressé aux études intertextuelles, qu’il a repensées dans son ouvrage Faulkner et Dostoïevski : Influence et Confluence (1974, publié d’abord en français).

Plus tard dans sa carrière, il a mené des recherches sur le style rococo en littérature et dans les arts. Son livre Le Rococo : beaux-arts et littérature (2001) constitue une contribution majeure dans ce domaine.

Même avec l’âge, Jean Weisgerber n’a jamais cessé d’élargir le champ de ses recherches. Après avoir dépassé les 80 ans, il a écrit une série de monographies sur des sujets entièrement nouveaux, que j’ai eu le privilège de publier dans ma série « New Comparative Poetics ». La quatrième de ces monographies, L’Épée, la pomme et le mouchoir. Essai sur les objets dans la tragédie européenne du XVIIe siècle (2009), fut son dernier livre. Quelques jours avant sa mort, une nouvelle version française de son ouvrage précédent sur Faulkner et Dostoïevski fut republiée à Bruxelles.

Je ne saurais imaginer un hommage plus approprié pour un comparatiste aussi admirable et polyvalent que Jean Weisgerber.

Marc Maufort
Université Libre de Bruxelles